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Bon, et Marx Dormoy, tu pourrais décrire ?
Ecrire une chronique en écoutant Fuck you de Lily Allen et Kiss de Prince avec ses cousins quinquagénaires et sa grande tante presque octogénaire, tout droit débarqués d’Australie , tout en farcissant des courgettes avec sa grand-mère du Liban relève de la pure gageure. Et comme à l’impossible nul n’est tenu, je ne donne pas cher de la qualité de ladite chronique…Or, Thibaut m’avait prévenu. Elle a intérêt à être bien celle-là, sinon je ne la valide pas…et là, je suis pas dans la merde. Déjà que je suis de plus en plus à la bourre pour l’écrire cette satanée chronique –engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient- si en plus je me mets à la publier avec un mois de retard par manque de volontaires, je suis pas sortie de la berge comme disait l’autre à la belle époque. J’ai intérêt à me concentrer –Billie Jean qu’ils m’ont mis les cousins maintenant…aah !En même temps, on peut pas dire que je sois particulièrement aidée par le Thibaut. « Tu peux me parler de ton boulot ? Ah ben, j’ai été garde du corps du Père Noël pendant mon service militaire… » Comment vous voulez que je m’en sorte moi.. Bon, reprenons du début. Thibaut, c’est un des fidèles participants de mon atelier de théâtre français-anglais. L’année dernière il venait avec sa délicieuse femme, Mary, qui l’a laissé se faire martyriser tout seul cette année par terrifying teacher (oui, oui, c’est bien moi…). Et, entre deux escortes du Père Noël, il est « traducteur et scribe dans la bonne tradition égyptienne ». J’le connais le zigoto, il va pas me rendre la tâche facile pour l’écrire, ma chronique d’octobre. Bon, le plus simple c’est de partir de ce que je tiens pour sûr de sa biographie et on verra après pour les fioritures. Donc, Thibaut et Mary vivent avec leur fils à Marx Dormoy. Et avant ça, Thibaut vivait rue Marcadet. « A l’époque, la plus grande vertu du quartier c’était de ne pas être dans le 17ème. Me suis bien emmerdé. C’était terriblement bourgeois. Y’avait qu’un seul bar ouvert dans tout le quartier ». Rue Marcadet, c’était aussi un bon équilibre entre Barbès et la rue du Poteau, mais finalement, « ce côté intermédiaire c’était bâtard, un coin qui n’existait pas vraiment ». Bon, et Marx Dormoy, tu pourrais décrire ? « Ah, ben, c’est un barbu qui clope mais c’est pas le Che ». Non, je ne relèverai pas, j’ai un article à écrire, moi. Et sinon ? « Je pourrais te parler d’Eddie ». Ah ! Ca commence à prendre forme finalement. « Mais ça fait un mois et demi qu’il a pas rouvert, il a peut-être fermé ». Mince, encore loupé. Mais Thibaut, bonne pâte, vient au secours de ma chronique qui commence à prendre l’eau. « A Marx Dormoy, normalement, tu connais Eddie. C’est par lui que tu entres dans le quartier. Il te met à l’aise. Six mois plus tard, Anaïs a ouvert sa librairie, Le Rideau Rouge. Ca faisait deux pôles assez importants pour moi. J’allais prendre le café chez Eddie et refaire le monde avec Anaïs, assis par terre à deux centimètres du trottoir ». Bref, le quartier idéal en somme, avec une vraie complexité. Mais n’allez pas lui parler de village surtout, hein, ce mot l’horripile. « Ca fait cliché. Je le dis haut et fort : Marx Dormoy n’est pas un village ! ». Bon, d’accord, Marx Dormoy c’est pas un village, ni un grand barbu avec un cigare, ou plutôt pas que. Mais il pourrait vivre ailleurs le scribe égyptien ? « Je suis partagé entre l’idée de quitter Paris pour avoir quelque chose de plus grand et m’investir plus dans le quartier. Mon fils va à l’école maintenant et c’est bizarre mais ça me donne envie de prendre en charge les autres enfants. Ceci dit, j’ai peur de plus avoir les moyens d’y habiter . Y’a qu’à voir le nombre d’agences immobilières qui ont ouvert dans le coin… » Sinon, Thibaut se voit bien habiter près de l’église Saint Bernard. Et je veux bien le croire. L’année dernière avec la neige, c’était magique… Les cousins ont enchaîné sur le gagnant de la nouvelle star en Australie. Il est temps qu’elle se termine ma chronique. Mais pas question de finir sans poser une question sur Montmartre. Je sais que la réponse sera forcément…atypique. « Eh bien j’ai une anecdote là-dessus. Je m’étais levé à 6h du mat pour écrire –Thibaut est fou de poésie et en écrit aussi- et voulais prendre un chocolat chaud place du Tertre. Je me met à discuter avec un gars qui m’apprend que les tableaux vendus aux touristes seraient fabriqués en Chine. Les peintres font semblant de peindre toujours le même tableau… » Une image d’Epinal s’effondre…Je préférais encore croire au Père Noël escorté par un scribe traducteur de Marx Dormoy…
Samedi 24 Octobre 2009 - 00:00
Anna Jahjah
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