Tous les lundis un nouvel épisode de Paris Montmartre avec Amour par Eva Léandre
Version Française
Ce matin-là Elisa longea la rue Gabrielle pour choisir le café où elle allait déguster son traditionnel crème/croissant (après avoir pris sa dose de Jus de Noni et de thé vert, à son réveil à la maison).
En passant devant le n° 31, elle entendit Tom (Gé) interpréter une chanson de sa composition. Elle resta interloquée sur le trottoir, à l’écouter. Cela lui évoquait certaines de ces chansons de Bob Dylan, de Léonard Cohen dont la poésie vous prend aux tripes dès les premiers accords.
Tom lui avait un jour écrit un poème, gribouillé cinq minutes avant le dîner de Noël qu’ils allaient partager. Ce poème était l’un des trésors d’Elisa et si elle avait eu un coffre fort, c’est là qu’elle aurait gardé l’original.
Il était 7h du matin. Tom venait de rentrer de la garde de nuit qu’il faisait dans un lugubre hôtel de la Porte de la Chapelle pour offrir à Montmartre sa poésie matinale.
A quelques pas de là, la fenêtre ouverte d’une cantatrice du quartier laissait échapper des vocalises cristallines. Elisa aurait voulu connaître cette femme qui offrait aux Montmartrois des matinées de ‘musique en plein air’, tantôt Mozart, tantôt Puccini…
Elle avait donc décidé de monter sur la Place du Tertre pour prendre son café. Elle choisissait rarement cet endroit un peu trop touristique ; de plus, Ertann lui avait demandé de ne pas y monter, estimant que le travail de portraitiste qu’il exerçait sur la Place l’humiliait devant ‘sa gonzesse’.
Mais Ertann n’était pas venu travailler depuis plusieurs jours. Elle le savait car la planche à dessin n’avait pas bougé du réduit sous l’escalier où il voisinait avec un compteur d’eau, rue Gabrielle. C’est là que Ertann entreposait son matériel et Elisa jetait toujours un coup d’oeil en passant pour savoir si Prince Ertann était dans les parages.
Il ne voulait jamais se balader avec sa planche à dessin hors de Montmartre. Son orgueil était miné par le fait de devoir aborder des touristes pour faire leur portrait.
Elisa avait beaucoup de respect pour les portraitistes de Montmartre. Elle ne voyait rien d’humiliant dans leur travail. Mais elle imaginait comment l’étroitesse d’esprit de certains pouvait influer sur leur moral. Elisa trouvait que la Ville de Paris aurait du rémunérer les artistes de la Butte, car leur présence y attirait chaque année des millions de touristes.
Ce matin-là donc, elle choisit ‘La Bohème du Tertre’, au coin de la rue Norvins et de la rue du Mont Cenis pour la vision parfaite que la terrasse de ce bistrot offrait sur les portraitistes ‘sauvages’. Les ‘sauvages’ sont les portraitistes debout, ceux qui n’ont pas obtenu de licence pour une place assise sur la Place du Tertre et qui, par conséquent, doivent s’enfuir dès que les flics se pointent.
Ertann, qui ne se laissait marcher sur les pieds par personne, avait cassé le nez à l’un d’entre eux lorsqu’un groupe de flics l’avait un jour réellement bousculé. Il s’était retrouvé en correctionnelle et avait pris six mois avec sursis… Chaque apparition des flics lui donnait une envie irrésistible de quitter la colline à jamais.
Après un croissant (bien meilleur que ce qu’elle avait imaginé pour un endroit aussi touristique) et un crème délicieux (7 Euro quand même pour le tout…), un portraitiste s’approcha de sa table. Elle lui demanda son prix : 60 euros, répondit-il, mais pour toi je le fais à 20 euros.
Allons-y. Elisa s’était promis de sélectionner les meilleurs portraitistes afin de pouvoir les promouvoir et leur obtenir des rendez-vous. Le portraitiste s’appelait Surian et il venait de Lituanie.
Ertann lui avait bien parlé d’un peintre de l’Est comme étant l’un des portraitistes les plus intéressants de la Place. Il faisait des portraits cubistes qui sortaient du lot.
En cinq minutes, Surian croqua Elisa d’un crayon assuré. Le résultat ne lui ressemblait en rien à part les cheveux longs, mais Elisa lui accorda une certaine liberté d’interprétation.
(Commentaire ultérieur de Ertann : « Comment ? Tu t’es fait dessiner par Surian ! C’est Magnok qu’il fallait chercher, un grand mince avec une balafre et une pipe.»)
La Bohème était un endroit idéal pour observer les artistes et leur interaction avec les touristes, mais aussi les allers et venues des fournisseurs, les garçons de café qui profitaient du soleil… Tout le monde se connaissait ici et la vie semblait douce ce matin sur la Place du Tertre.
Un groupe de japonaises en bas rayés rose et noir et parasols (parapluies rebaptisés) multicolores passait devant le bar, motif joli et pittoresque pour les artistes de la Place.
La Bohème :
Serveuse pleine de gentillesse, bien qu’Elisa ait du changer trois fois de place pour échapper au soleil de cette journée de canicule. Les portraitistes sont admis sur la terrasse. Les menus sont à 28 ou 34 Euro, cuisine française.
Elisa n’y a pas encore goûté…
A l’extérieur, décor sobre de bistrot, rouge bordeaux et blanc cassé. L’intérieur est très théâtral : rideaux en velours bordeaux aux passementeries dorées et grandes fresques dans des cadres dorés et moulés avec exubérance. Sculptures or, beau parquet de chêne, lieu accueillant.
A suivre...
En passant devant le n° 31, elle entendit Tom (Gé) interpréter une chanson de sa composition. Elle resta interloquée sur le trottoir, à l’écouter. Cela lui évoquait certaines de ces chansons de Bob Dylan, de Léonard Cohen dont la poésie vous prend aux tripes dès les premiers accords.
Tom lui avait un jour écrit un poème, gribouillé cinq minutes avant le dîner de Noël qu’ils allaient partager. Ce poème était l’un des trésors d’Elisa et si elle avait eu un coffre fort, c’est là qu’elle aurait gardé l’original.
Il était 7h du matin. Tom venait de rentrer de la garde de nuit qu’il faisait dans un lugubre hôtel de la Porte de la Chapelle pour offrir à Montmartre sa poésie matinale.
A quelques pas de là, la fenêtre ouverte d’une cantatrice du quartier laissait échapper des vocalises cristallines. Elisa aurait voulu connaître cette femme qui offrait aux Montmartrois des matinées de ‘musique en plein air’, tantôt Mozart, tantôt Puccini…
Elle avait donc décidé de monter sur la Place du Tertre pour prendre son café. Elle choisissait rarement cet endroit un peu trop touristique ; de plus, Ertann lui avait demandé de ne pas y monter, estimant que le travail de portraitiste qu’il exerçait sur la Place l’humiliait devant ‘sa gonzesse’.
Mais Ertann n’était pas venu travailler depuis plusieurs jours. Elle le savait car la planche à dessin n’avait pas bougé du réduit sous l’escalier où il voisinait avec un compteur d’eau, rue Gabrielle. C’est là que Ertann entreposait son matériel et Elisa jetait toujours un coup d’oeil en passant pour savoir si Prince Ertann était dans les parages.
Il ne voulait jamais se balader avec sa planche à dessin hors de Montmartre. Son orgueil était miné par le fait de devoir aborder des touristes pour faire leur portrait.
Elisa avait beaucoup de respect pour les portraitistes de Montmartre. Elle ne voyait rien d’humiliant dans leur travail. Mais elle imaginait comment l’étroitesse d’esprit de certains pouvait influer sur leur moral. Elisa trouvait que la Ville de Paris aurait du rémunérer les artistes de la Butte, car leur présence y attirait chaque année des millions de touristes.
Ce matin-là donc, elle choisit ‘La Bohème du Tertre’, au coin de la rue Norvins et de la rue du Mont Cenis pour la vision parfaite que la terrasse de ce bistrot offrait sur les portraitistes ‘sauvages’. Les ‘sauvages’ sont les portraitistes debout, ceux qui n’ont pas obtenu de licence pour une place assise sur la Place du Tertre et qui, par conséquent, doivent s’enfuir dès que les flics se pointent.
Ertann, qui ne se laissait marcher sur les pieds par personne, avait cassé le nez à l’un d’entre eux lorsqu’un groupe de flics l’avait un jour réellement bousculé. Il s’était retrouvé en correctionnelle et avait pris six mois avec sursis… Chaque apparition des flics lui donnait une envie irrésistible de quitter la colline à jamais.
Après un croissant (bien meilleur que ce qu’elle avait imaginé pour un endroit aussi touristique) et un crème délicieux (7 Euro quand même pour le tout…), un portraitiste s’approcha de sa table. Elle lui demanda son prix : 60 euros, répondit-il, mais pour toi je le fais à 20 euros.
Allons-y. Elisa s’était promis de sélectionner les meilleurs portraitistes afin de pouvoir les promouvoir et leur obtenir des rendez-vous. Le portraitiste s’appelait Surian et il venait de Lituanie.
Ertann lui avait bien parlé d’un peintre de l’Est comme étant l’un des portraitistes les plus intéressants de la Place. Il faisait des portraits cubistes qui sortaient du lot.
En cinq minutes, Surian croqua Elisa d’un crayon assuré. Le résultat ne lui ressemblait en rien à part les cheveux longs, mais Elisa lui accorda une certaine liberté d’interprétation.
(Commentaire ultérieur de Ertann : « Comment ? Tu t’es fait dessiner par Surian ! C’est Magnok qu’il fallait chercher, un grand mince avec une balafre et une pipe.»)
La Bohème était un endroit idéal pour observer les artistes et leur interaction avec les touristes, mais aussi les allers et venues des fournisseurs, les garçons de café qui profitaient du soleil… Tout le monde se connaissait ici et la vie semblait douce ce matin sur la Place du Tertre.
Un groupe de japonaises en bas rayés rose et noir et parasols (parapluies rebaptisés) multicolores passait devant le bar, motif joli et pittoresque pour les artistes de la Place.
La Bohème :
Serveuse pleine de gentillesse, bien qu’Elisa ait du changer trois fois de place pour échapper au soleil de cette journée de canicule. Les portraitistes sont admis sur la terrasse. Les menus sont à 28 ou 34 Euro, cuisine française.
Elisa n’y a pas encore goûté…
A l’extérieur, décor sobre de bistrot, rouge bordeaux et blanc cassé. L’intérieur est très théâtral : rideaux en velours bordeaux aux passementeries dorées et grandes fresques dans des cadres dorés et moulés avec exubérance. Sculptures or, beau parquet de chêne, lieu accueillant.
A suivre...
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