Tous les lundis un nouvel épisode de Paris Montmartre avec Amour par Eva Léandre

Version Française

Illustration : Jean-Marc Guéroux
Illustration : Jean-Marc Guéroux
Elisa était convaincue qu’il s’agissait de la réincarnation de deux de ses peintres préférés : Modigliani et Utrillo. Les deux garçons étaient inséparables et traînaient toujours autour de la Place Jean-Baptiste Clément - où Modigliani avait vécu la vie dernière au numéro 6 - et du 12 rue Cortot, maison d’Utrillo et de sa mère Susanne Valladon.

Ils ne se connaissaient pas vraiment, mais à force de les rencontrer si souvent en sortant de chez elle, ils avaient commencé à faire partie de la vie d’Elisa. Utrillo était peintre cette vie-ci comme la dernière et aimait à boire encore plus qu’avant. D’un coeur trop grand pour cet univers, Utrillo faisait la tournée des bars avec son ami fidèle Modi, beau garçon aux cheveux bouclés. Les sachant sur la petite place devant sa maison, Elisa ouvrit les fenêtres et leur chantait ‘Vissi d’Arte’ de Puccini ou ‘Du holde Kunst’ de Schubert. Elle cherchait à les aider à retrouver leur mémoire d’antan pour que Utrillo, au lieu de faire le portrait des touristes peigne à nouveau une perspective de la rue St. Rustique sur la cathédrale du Sacré Coeur et que Modi par contre fasse des portraits à l’huile, comme seul lui sait les faire.

Elisa qui avait un faible pour les décors en nuances de blanc était subjuguée par les blancs des tableaux d’Utrillo qui cherchait à rendre le gypse des carrières de Montmartre sur les monuments, la pierre calcaire, la chaux, le plâtre de Paris, le fameux Blanc Parisien. Utrillo était né à Montmartre et aimera la Butte à jamais. Le Blanc des Carrières se retrouve à travers tout son oeuvre, même sur ses tableaux des autres quartiers de Paris où le gypse de Montmartre avait servi aux constructions.

Utrillo l’appellait ‘ma princesse’, et même si parfois il était tellement imbibé qu’il avait du mal à articuler ou lorsqu’elle le croyait quasi-inconscient, il s’exclamait à chaque fois lorsqu’il la voyait ‘Ma princesse’ avec un visage soudain éclairé. Elisa ne vit en lui que la grandeur et lui lançait un flux d’admiration intense et un sourire encourageant. Peins, pria-t-elle silencieusement, remets-toi à ton oeuvre, Utrillo. Ne te laisse pas avoir par les psys. Paul Mousis (le beau-père d’Utrillo) n’aurait jamais dû t’interner…. Tu n’as jamais été fou, tu es un visionnaire.

A suivre...

Rédigé par Eva Léandre le Lundi 7 Décembre 2009 à 12:58 | {0} Commentaires

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