Tous les lundis un nouvel épisode de Paris Montmartre avec Amour par Eva Léandre
Version Française
C’est là qu’Elisa avait amené son père. Son père préférait les cafés touristiques aux autres. Elisa n’était jamais venue, mais avait vu quelques portraitistes à l’intérieur du bar. Elle avait donc imaginé un patron généreux qui soutiendrait les artistes locaux.
Le local était vide, mais sympa : boiseries foncées, tables et chaises bistro, un zinc avec une jolie barmaid.
Au déjeuner Elisa avait amené son père sous la coupole du Printemps, Bd Haussmann, témoignage de l’architecture de la fin du siècle dernier, mosaïque de verre en dôme en couleurs primaires, prisme du ciel hivernal éclatant sur Paris.
Ils avaient pris un verre de Chardonnay avec le filet de bar au confit de fenouils. Elisa mangeait seulement une mousseline de pommes de terre à l’huile d’olive. Les pommes de terre étant son mets favori, ce ‘repas frugal’ représentait un festin pour Elisa.
Son père avait tellement aimé le Chardonnay du ‘Bistro du Printemps’ qu’il en redemandait au Ceni’s l’après-midi. Tout ce que les deux vins avaient en commun était leur appellation.
L’assiette de fromage servie en accompagnement était une sélection de ‘claquos de touristes’ qu’on aurait cru importés d’Angleterre.
Le père d’Elisa, qui avait pris l’habitude des fromages affinés par Marie Bocquet, rue des Abbesses, refusait d’en prendre une deuxième bouchée.
Les voyant attablées, deux portraitistes s’installèrent à leur table et commençaient à les dessiner malgré leur refus. Elisa reconnut Surian, qui l’avait dessinée ‘à la manière cubiste’ il y a deux ans, lorsqu’elle avait pris son crème à la terrasse de la ‘Bohème de Tertre’. Sur le portrait de Surian, Elisa ressemblait à une des Demoiselles d’Avignon.
Aujourd’hui Surian, après lui avoir assuré qu’elle était ‘devenue encore plus belle qu’il y a deux ans’ donna encore une fois raison à Ertann qui lui avait dit : « Surian, il fait toujours le même portrait à ces cons de touristes, seulement la longueur des cheveux change . »
Malgré cette abstraction, le père d’Elisa avait complimenté Surian. Son collègue qui avait entre temps entrepris de le croquer avait également abouti à un dessin fort « abstrait ».
Quand le père d’Elisa leur offrit 50 euros à se partager pour les deux portraits non-demandés, un troisième homme, cette fois-ci un caricaturiste, s’assit à leur table pour s’attaquer aux traits d’Elisa, après lui avoir assuré qu’elle était difficile à caricaturer, tellement elle était parfaite. Les caricatures du troisième homme étaient dans leur genre l’équivalent du portrait cubiste de Surian, sauf que l’art de Surian était moins offensant que celui de son collègue.
Le caricaturiste, après avoir réclamé son dû pour une Elisa grotesque que son père refusa d’accepter, demandait une tournée pour lui et un autre artiste qui venait d’arriver.
Elisa aurait trouvé injuste de le laisser sans rien et accepta sans hésiter. Roudy les rejoignit au Ceni’s, demanda un Desperados et voyait d’un mauvais oeil les portraitistes, dont il connaissait la plupart, profiter de ses amis. Entretemps d’autres ‘artistes’ étaient arrivés demandant qu’Elisa les inclut dans sa tournée.
Déterminé à mettre fin à ce manège, Roudy prit sa bouteille de Desperados dans une main et donna le bras au père d’Elisa en lui disant : « Toi t’es mon pote. Et maintenant on se casse d’ici. » Elisa paya la note, un peu submergée par la misère humaine qui trouvait ici une expression peu flatteuse pour « sa Colline » …
A suivre...
Le local était vide, mais sympa : boiseries foncées, tables et chaises bistro, un zinc avec une jolie barmaid.
Au déjeuner Elisa avait amené son père sous la coupole du Printemps, Bd Haussmann, témoignage de l’architecture de la fin du siècle dernier, mosaïque de verre en dôme en couleurs primaires, prisme du ciel hivernal éclatant sur Paris.
Ils avaient pris un verre de Chardonnay avec le filet de bar au confit de fenouils. Elisa mangeait seulement une mousseline de pommes de terre à l’huile d’olive. Les pommes de terre étant son mets favori, ce ‘repas frugal’ représentait un festin pour Elisa.
Son père avait tellement aimé le Chardonnay du ‘Bistro du Printemps’ qu’il en redemandait au Ceni’s l’après-midi. Tout ce que les deux vins avaient en commun était leur appellation.
L’assiette de fromage servie en accompagnement était une sélection de ‘claquos de touristes’ qu’on aurait cru importés d’Angleterre.
Le père d’Elisa, qui avait pris l’habitude des fromages affinés par Marie Bocquet, rue des Abbesses, refusait d’en prendre une deuxième bouchée.
Les voyant attablées, deux portraitistes s’installèrent à leur table et commençaient à les dessiner malgré leur refus. Elisa reconnut Surian, qui l’avait dessinée ‘à la manière cubiste’ il y a deux ans, lorsqu’elle avait pris son crème à la terrasse de la ‘Bohème de Tertre’. Sur le portrait de Surian, Elisa ressemblait à une des Demoiselles d’Avignon.
Aujourd’hui Surian, après lui avoir assuré qu’elle était ‘devenue encore plus belle qu’il y a deux ans’ donna encore une fois raison à Ertann qui lui avait dit : « Surian, il fait toujours le même portrait à ces cons de touristes, seulement la longueur des cheveux change . »
Malgré cette abstraction, le père d’Elisa avait complimenté Surian. Son collègue qui avait entre temps entrepris de le croquer avait également abouti à un dessin fort « abstrait ».
Quand le père d’Elisa leur offrit 50 euros à se partager pour les deux portraits non-demandés, un troisième homme, cette fois-ci un caricaturiste, s’assit à leur table pour s’attaquer aux traits d’Elisa, après lui avoir assuré qu’elle était difficile à caricaturer, tellement elle était parfaite. Les caricatures du troisième homme étaient dans leur genre l’équivalent du portrait cubiste de Surian, sauf que l’art de Surian était moins offensant que celui de son collègue.
Le caricaturiste, après avoir réclamé son dû pour une Elisa grotesque que son père refusa d’accepter, demandait une tournée pour lui et un autre artiste qui venait d’arriver.
Elisa aurait trouvé injuste de le laisser sans rien et accepta sans hésiter. Roudy les rejoignit au Ceni’s, demanda un Desperados et voyait d’un mauvais oeil les portraitistes, dont il connaissait la plupart, profiter de ses amis. Entretemps d’autres ‘artistes’ étaient arrivés demandant qu’Elisa les inclut dans sa tournée.
Déterminé à mettre fin à ce manège, Roudy prit sa bouteille de Desperados dans une main et donna le bras au père d’Elisa en lui disant : « Toi t’es mon pote. Et maintenant on se casse d’ici. » Elisa paya la note, un peu submergée par la misère humaine qui trouvait ici une expression peu flatteuse pour « sa Colline » …
A suivre...
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